Muraille de sable en mer de Chine méridionale

Dans le Bulletin Sentinelle du droit international :

Après l’utilisation de plate-formes pétrolières géantes protégées par une flotille de navires de pêche, la Chine poursuit l’installation du fait accompli en Mer de Chine méridionale en menant des travaux géants de poldérisation dans l’archipel des Spratleys.

La situation est devenue un casse-tête géant… En effet, la Chine s’est imposée comme un partenaire, non seulement incontournable, mais aussi précieux dans tous les dossiers diplomatiques importants. L’idée même que les tensions qui opposent la Chine à ses voisins puissent conduire à une confrontation violente impliquant d’une manière ou d’une autre les Etats-Unis semble impensable.

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Activités chinoises de poldérisation massive en Mer de Chine méridionale – Attitude rigide de la Chine sur ses prétentions – Déplacement du Secrétaire d’Etat américain en Chine – Présentation de la politique des Etats-Unis face à l’emprise de la Chine sur les récifs et îlots en Mer de Chine – Auditions devant le Sénat

Après l’utilisation de plate-formes pétrolières géantes protégées par une flotille de navires de pêche, la Chine poursuit l’installation du fait accompli en Mer de Chine méridionale en menant des travaux géants de poldérisation dans l’archipel des Spratleys. La situation est devenue un casse-tête géant… En effet, la Chine s’est imposée comme un partenaire, non seulement incontournable, mais aussi précieux dans tous les dossiers diplomatiques importants. L’idée même que les tensions qui opposent la Chine à ses voisins puissent conduire à une confrontation violente impliquant d’une manière ou d’une autre les Etats-Unis semble impensable. Pourtant, s’il est question de l’érection d’une “muraille de Chine de sable” au sujet des travaux d’aménagement entrepris en Mer de Chine, la position chinoise a la dureté d’un roc sur lequel s’écrase toute tentative de compromis ou d’accomodements. Elle est totalement rigide sur le fond, tout en invitant pour la forme au dialogue. L’inquiétude est sérieuse, parce qu’elle naît de la constatation que la Chine s’interdit toute souplesse et que sa rigidité associée à ses activités unilatérales ne peut que conduire à une dégradation des relations avec les Etats voisins.

Les prétentions chinoises sont anciennes et il faut remonter au moins à un décret des années 1930, pris dans le contexte de la poussée agressive du Japon, pour en identifier l’origine. Cet acte fixe la liste des éminences maritimes incorporées au domaine de l’Etat. Le temps s’est chargé de consolider ces prétentions dans un consensus national qu’aucun gouvernement n’envisagerait de trahir.

La Chine ne reconnaît pas l’existence des différends territoriaux et maritimes en Mer de Chine méridionale, parce qu’elle estime que sa souveraineté sur les îles et récifs disputés est incontestable et même indiscutable. Ses appels incessants au dialogue bilatéral avec les différents Etats concernés sont donc peu compréhensibles. En effet, on n’en discerne pas vraiment l’objet, dès lors que tout compromis est exclu catégoriquement.

Enfin on ne comprend pas bien non plus les explications avancées par la Chine à l’appui de ses prétentions territoriales. Il est question d’une manière récurrente d’une légitimité nationale historique, coexistant avec des arguments juridiques… Chacun devrait dialoguer avec la Chine et approfondir ce dialogue pour améliorer la compréhension mutuelle, mais toute évocation de la dispute territoriale se heurte à une fin de non-recevoir cassante. Une image peu enviable de la Chine ressort de ce tableau.

Les propos tenus par M. Wang, Ministre des affaires étrangères chinois, lors de la conférence de presse commune avec le Secrétaire d’Etat américain du 15 mai 2015 illustrent cette position chinoise qui n’est pas solide et ferme, mais rigide et fermée. Le déplacement en Chine ce week-end aura été l’occasion pour M. John Kerry d’exprimer à ses hôtes l’inquiétude croissante des Etats-Unis et d’autres Etats au sujet notamment des activités de poldérisation à grande échelle.

Deux déclarations politiques récentes ont évoqué cette préoccupation :

la déclaration de Lübeck sur la sécurité maritime adoptée par le G7 :

SENTINELLE n°430 Déclaration de Lübeck du 15 avril 2015 : la sécurité maritime globale Pr. Philippe WECKEL

la déclaration finale du dernier sommet de l’ASEAN :

SENTINELLE n°432 La coexistence pacifique et l’unilatéralisme chinois Pr. Philippe WECKEL, commentaire sous L’ « Esprit de Bandung » ressuscité 60 ans plus tard Pr. Brusil METOU

L’audition de deux fonctionnaires du Département d’Etat et de celui de la défense devant la commission des affaires étrangères du Sénat mercredi 13 mai 2015 mérite de retenir l’attention du lecteur. Ils ont exposé avec une grande clarté les préoccupations qu’inspirent l’emprise massive de la Chine sur les récifs et îlots de la Mer de Chine méridionale et l’absence de perspective concrète de règlement des différends insulaires et maritimes. On voit que deux exigences fortes inspirent la politique des Etats-Unis dans la région : la préservation de la liberté des mers, bien sûr, mais aussi plus globalement le respect du droit international et notamment de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer. Au delà du problème particulier de la Mer de Chine, c’est cet attachement à l’ordre juridique de la mer en tant que garantie collective de la liberté des usages licites qu’expriment les deux fonctionnaires. Il est frappant de voir que le respect du droit international est finalement considéré comme l’élément central des intérêts stratégiques américains dans le Pacifique. La Chine a une relation un peu particulière avec le droit de la mer, puisqu’elle a pris en marche le train de la Troisième Conférence. Il se peut par conséquent qu’elle mésestime ces priorités des Etats-Unis. Ceux-ci accorderont le plus d’importance aux questions de principe, parce que ces dernières sont en jeu dans la situation en Mer de Chine.